Résistance 7ème Art, webzine sur le cinéma indépendant,
  29-04-2017
  SIETE DIAS, SIETE NOCHES de Joel Cano
  France/Italie/Cuba - 2003 - 1h46
Siete dias, siete noches
 
>>
FICHE TECHNIQUE
Réalisateur, scénariste et
image :
Joel Cano
Assistants réalisateur : Omar Cano et Stéphan Weitzel
Montage : Adeline Yoyotte-Husson
Montage son : Laurent Bailly
Mixage : Alvaro Gramigna
Direction artistique : Stéphan Weitzel
Producteurs associés : Miguel Baena, Philippe Joguet
Producteurs exécutifs : Cuba Omar Cano, Stéphan Weitzel
Producteur exécutif France : Igor Guskov
Musique : Joel Cano
Production : Les Films du Requin/Cyriac Auriol
Joel Cano, MÉLANGE/Michel Reilhac, SINTRA/Rosanna Seregni




>> FICHE ARTISTIQUE
Maria : Orisel Gaspar
Nieves : Eruadyé Muñiz
Norma : Ludmila Alonso-Yodu
Marisol : Ingrid González
Antonia : Xiomara Palacios
Mercedes : Mercedes Morales
La mora : Alcides Alvarez
El nene : Omar Cano




>> SITE OFFICIEL
www.7dias7noches.com


>> SORTIE NATIONALE : le 14 juillet 2004
>> Distribué par "Shellac"


>> SYNOPSIS

Siete días, siete noches, à travers les portraits croisés de trois femmes, une plongée sans concession dans le Cuba d’aujourd’hui.


>> ENTRETIEN AVEC JOEL CANO

Filmer à Cuba est-il un acte subversif ?

Chez nous, tout discours esthétique qui s’éloigne de la voie officielle est un crime moral, voire antipatriotique. Comme tout est interdit, tout est délit. Mon film, par son approche de la réalité va à l’encontre de la facture de films actuels produits à Cuba, alors qu’il essaie seulement de renouer avec la sensibilité libertaire, fraîche et exaltée des films des années 60, où tous les moyens étaient bons pour raconter une histoire.

Dans une production européenne, seul compte l’aspect économique. À Cuba, il faut ajouter la politique et l’idéologie qui contaminent toutes les décisions. Et pour éviter d’être bridé, le seul moyen possible est de rentrer en marginalité, et de ce fait en subversion. Être un héros de la culture ce n’est pas mon credo, mais, de fait, réaliser un film comme Siete días, siete noches revient à commettre un acte subversif.

Pourriez-vous nous parler du caractère insulaire de Cuba ?


« C’est la maudite circonstance de l’eau partout », disait Virgilio Piñera, un des plus grands écrivains cubains. L’île et ses habitants sont les prisonniers de cette territorialité consciente. En apparence une île n’a pour frontière que l’horizon, pourtant il n’y a pas de ligne de fuite.

À l’intérieur de Cuba, nous sommes conscients de notre impossibilité à pouvoir nous en extraire. Nous fantasmons sur l’étranger. Il existe une curiosité exacerbée envers lui, un désir d’échapper à une sorte de consanguinité historique produite par l’enfermement. Il est vrai aussi que notre vie, et nos actes sont rythmés par le son des vagues. Les Cubains sont façonnés par cette musicalité perpétuelle. Ce qui est perçu comme théâtral dans le comportement des personnages de Siete días, siete noches vient du fait que les gestes des comédiens portent cette musique des corps livrés aux rituels de la violence. Rarement notre musique jaillit dans l’allégresse. Elle surgit de nos peines et chagrins. On fait avec elle une mise en tristesse qui nous rend la joie.

Quelles sont vos influences cinématographiques ?

Elles sont très éclectiques. J’ai été un grand consommateur de cinéma populaire mexicain, argentin, et nord américain des années 30 et 40, qu’on pouvait voir quotidiennement à la télé.Tout comme les films du néoréalisme italien, les comédies musicales franquistes, les films de Luis Buñuel qui ont été les premiers à hanter mes nuits...

Cependant, mes vraies émotions de cinéphile ont été déclenchées par les grands metteurs en scène de l’Europe de l’Est : Einsenstein, Kalatosov, Konchalovsky,Tarkovsky... Malgré les codes du réalisme socialiste, eux faisaient l’éloge de la lenteur. Cette apparente passivité avait sa foi dans l’homme, dans le temps qui passe, et était une résistance poétique féroce face à la dictature qui se croit toujours éternelle. La certitude d’un autre monde possible est venue à moi à travers ces films pleins de mystère et de visages incroyables... des poèmes qui se font rares de nos jours.

Votre film a-t-il été très écrit ?

Oui, du point de vue des dialogues, mais aussi par rapport à la mise en scène, aux gestes, aux éléments visuels. Rien n’est gratuit, même si le style brut du film laisse penser à une grande spontanéité. J’ai beaucoup répété avec les comédiens les mouvements de caméra, tel un ballet puisque tout était tourné en plans séquences. On a travaillé sans le scénario écrit pour éviter qu’il ne tombe aux mains de la police qui nous a interrogé à plusieurs reprises. Je connaissais les dialogues par cœur à cause du travail de réécriture. Sans la contrainte du texte écrit, les comédiens, qui étaient en majorité non professionnels, ont mieux travaillé. Ce système a été efficace pour trouver un ton juste et naturel.Toute l’équipe s’adaptait au moment que nous vivions.Tout incident était le bienvenu.

Pourquoi ce film s’inscrit-il dans une trilogie et pourquoi avoir décidé de cette forme ?

Mettre en images les aspects de la « cubanité » contemporaine est un chantier très ambitieux et il ne suffit pas d’un simple long-métrage pour y arriver.

Tout comme il y a trois personnages dans le premier film, les trois réalisations présenteront trois aspects qui illustrent notre identité pour mieux la définir. La trilogie essaie de suivre le trajet existentiel d’un cubain : d’abord sa vie à l’intérieur d’un pays-bocal, puis dans l’intimité d’un exilé qui essaie de chasser les démons du passé de sa mémoire... et finalement dans la fête, où il sera question de comédie musicale. Ça sera un trajet de cinéma vers la joie et vers la beauté. Le salut par l’esthétique.

Comment voyez-vous l’avenir de Cuba, comment pensez-vous que votre cinéma évoluera ?


Pour l’instant je regarde le présent en essayant de le comprendre. Je voudrais qu’on arrive à retrouver une joie profonde, pas celle qu’on sert aux touristes, mais la joie de croire à un avenir possible. Mon cinéma, ma musique et mon écriture en général vont s’affirmer davantage dans l’universalité et dans l’espoir. C’est aussi le grand défi lancé à une nation longtemps éloignée du monde : s’ouvrir à lui enfin. Cela commence chez soi. Une fois qu’on trouvera le moyen de mieux faire comprendre ce pays, de mieux le faire entrer à travers notre art dans le concert des nations, alors tous les espoirs seront enfin permis. Parfois j’ai ce sentiment étrange d’avoir vécu une aventure humaine unique ; et là je me dis que personne ne pourra me croire.

La méthodologie politique de Fidel Castro, et sa liturgie communiste empruntée à la religion catholique ont sacrifié des vies entières sur l’autel idéaliste d’une société parfaite. Il faudra dorénavant une redéfinition de l’intime, une nouvelle approche du poétique. Quand tous nos crimes de l’esprit seront racontés, les gens n’y croiront pas. Il leur faudra du temps pour les accepter. C’est pour cela aussi que je fais du cinéma.

 
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Ces textes ne sont pas des critiques. CRITIQUES sur : CINEFEUILLE, le site des salles obscures pour spectateurs éclairés !!


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