Résistance 7ème Art, webzine sur le cinéma indépendant,
  16-12-2017
  MARIE ET LE LOUP d'Eve Heinrich
  France/Belgique - 2003 - 1h30
MARIE ET LE LOUP d'Eve Heinrich
 


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FICHE TECHNIQUE
Réalisatrice : Eve Heinrich
1ère Assistante Réalistion : Lise Leboeuf
Scripte : Elodie Van Beuren
Directeur de la Photographie : Jérôme Colin
Photographe de Plateau : Hervé Colin
Son : Stéphane Kah
Chef Monteur Image : Gilles Volta
Assistante Image : Hélène Aubert
Costumière : Fabienne Deflèches
Habilleuse : Virginie Alba
Chef Décorateur : Philippe Jacob
Casting : Maya Serrula
Casting Belgique : Guerda Diddens
Production Exécutive : Zaïda Ghorab Volta ,
Bénédicte Mellac
Directrice de Production : Bénédicte Mellac
Producteur : Gilles Sandoz
Production : Maïa Films


>> FICHE ARTISTIQUE
Marie : Zaïda Ghorab-Volta
Robert : Marc Barbé
Henri : Patrick Dell'Isola
Joëlle : Dominique Frot
Claude : Marc Betton
Marcel : Vincent Martin
Georges : Georges Siatidis
Roger : Thierry Waseige
Aline : Elbéra Volta
Jacques : Olivier Darimont
Mère d'Henri : Christine Cavenelle
L'homme de la battue : Bruno Esposito
Le tenancier du train : Michel Trillot
Julie : Adriana Santini




>> FILMO
1991 : Terre Rouge (Film de fin d'études de la FEMIS)
1996 : A fleur de peau (Documentaire)
1998 : Le Bonheur (Documentaire)
2002 : Marie et le loup


>> SORTIE NATIONALE : le 24 mars 2004
>> Distribué par "Pierre Grise Distribution"


>> SYNOPSIS
Dans une bourgade de province, un soir de fête foraine, Marie est témoin d'une scène érotique dans un train fantôme. Elle ne peut distinguer le visage de la femme, par contre, l'homme la voit. Troublée, elle fuit, mais l'homme, Robert, la suit jusque chez elle. Ce soir-là, s'amorce entre eux une relation ambiguë. Les sentiments de Marie pour lui oscillent entre le désir et la peur, d'autant que dès le lendemain, elle apprend que Robert est accusé de la disparition d'une jeune femme.



MARIE ET LE LOUP d'Eve Heinrich
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>> ENTRETIEN AVEC LA REALISATRICE

Le titre de votre film renvoie à l'univers des contes, c'est volontaire ?
C'est une volonté qui s'est affirmée progressivement. Le film terminé, cette fille en rouge, cette forêt, ces craintes qui saisissent Marie, tout à coup je reconnaissais tout comme dans un conte. J'ai voulu pointer cela à travers le titre. Je suis partie du thriller pour arriver au conte.

Aviez-vous déjà un intérêt particulier pour cet univers des contes?
Non, pas précisément, mais ma culture familiale et mon univers personnel m'y ont amenés naturellement. J'ai été bercée par les contes de Grimm et la poésie allemande plus que par Molière. Le conte ne relève pas du réalisme ou de la psychologie classique, mais met en scène des craintes inconscientes. C'est en cela, je pense, que mon film évoque quelque chose du conte. Mais le thriller aussi. C'est là que les deux se rejoignent, ce sont des histoires de peur.

Comment le portrait de Marie s'est-il dessiné ?
J'ai d'abord été inspirée par une histoire vraie. Il s'agit d'une femme qui se pensait l'objet d'une menace, un cas de paranoïa aigu. Finalement, elle tue son agresseur supposé, qui bien évidemment n'était coupable de rien.

Marie, elle, est a priori parfaitement " normale "…
Comme nous tous, apparemment. Mais on peut très facilement se mettre à penser que celui qu'on a en face de soi est dangereux parce qu'on ne comprend pas ses intentions. Bien souvent, dans la vie, on préfère alors ne rien dire, comme Marie, et en ne disant pas les choses, on crée une situation très complexe. Pour moi, Marie est typiquement le personnage féminin qui se prend dans ses contradictions, avec la simple intention, au départ, de ne blesser personne. C'est pour cela qu'elle ne dit rien à son mari. Son mensonge complique tout.

N'est-ce pas le mensonge d'une femme qui n'a jamais été confrontée à un désir purement sexuel ? N'y a-t-il pas chez elle un rapport à la sexualité encore un peu innocent ?
L'interprétation de Zaïda Ghorab-Volta a apporté quelque chose qui va dans ce sens. Pendant le tournage, elle parlait souvent du malaise de Marie en y reconnaissant celui de l'adolescence, quand on ne sait pas encore trop ce qu'est la sexualité et vers quoi ça peut aller. Cela m'a intéressée, même si, pour moi, le film évoque plus globalement l'idée que certains désirs sont ambiguës et donc peu avouables, même à soi-même. Dans le scénario déjà des éléments indiquaient que Marie n'osait pas aller vers son désir : parce que Robert est un homme potentiellement coupable, donc peu recommandable, parce qu'elle ne veut pas donner l'impression à son ex-mari qu'elle a déjà trouvé un remplaçant. Ce sont des raisons vraisemblables de ne pas aller plus loin pour Marie. Mais, si elle n'ose pas, c'est aussi parce qu'elle sent que son désir n'est pas clair, que la pulsion qui la pousse vers cet inconnu est dangeureuse…

Zaïda Ghorab-Volta, que l'on connaît aussi comme cinéaste, étonne radicalement dans ce rôle. Comment l'avez-vous choisie ?
Le choix de Zaïda a été pour moi une évidence. Dans le scénario, Marie était une blonde aux yeux bleus, mais aucune actrice blonde ne parvenait à me plaire. Un jour, sur le tournage d'un court métrage, j'ai vu Zaïda sortir de sa chambre, les cheveux en bataille, pieds nus. Elle avait quelque chose de rude et de très séduisant à la fois. J'ai compris que c'était une femme comme elle qui devait jouer Marie. J'ai ensuite rencontré d'autres actrices qui pouvaient m'évoquer cela, mais aucune ne me plaisait. Je suis revenue à Zaïda, alors qu'elle était devenue mon interlocutrice en production, ce qui pouvait être délicat. Mais j'ai voulu tenter cette expérience. Pour moi, Marie est une femme qui est au clair avec le sexe. C'est aussi pour cela que j'avais besoin de quelqu'un comme Zaïda. J'aurais mis en scène une jeune fille bourgeoise mal dans sa peau, on aurait pu penser que le sexe était le grand inconnu pour elle. Je ne crois pas qu'on puisse se dire cela du personnage de Marie maintenant.

Marc Barbé, qui interprète Robert, savait-il qu'il était " le loup " ?
Au départ, pour moi, il était l'amant, mais surtout l'intrus, celui qui survient comme ça, qui est différent de ce qu'on connaît et qui fait peur. Je blaguais souvent avec lui sur le plateau à propos de ce personnage très ambiguë qu'il devait incarner. Je lui disais : " Tu sais, tu n'es pas l'amant, tu es le Dieu le Père ! ". C'est-à-dire celui qui est intouchable, celui avec qui on ne peut pas faire l'amour, parce qu'on attend quelque chose de tellement extraordinaire qu'il ne peut de toute façon pas le donner. Avant même de parler du loup, on se demandait si ce personnage était réel. C'est Marc qui a posé le premier la question. Il voyait une part de fantasme, d'imagination, dans le rôle de Robert. Travailler avec un acteur comme Barbé est vraiment enrichissant. Il est avec le réalisateur, dans une recherche partagée, et il se laisse modeler, il serait capable de faire trente prises et de chercher toujours. Le doute sur la réalité de Robert est finalement passé dans le film : on ne sait jamais d'où il arrive. Il a toujours l'air d'être déjà là.

Le personnage de Robert est crédité d'une sorte de puissance sexuelle sauvage, à travers ce crime qu'il aurait commis. C'est une sorte de bête, mais ça pourrait être aussi un homme ordinaire…
Est-ce un homme amoureux ou un fou ? Est-ce qu'on peut dire du désir que c'est un sentiment gentil ? Sain ou malsain ? C'est l'ambivalence du désir qui paralyse tout, et le film joue sur cette ambivalence tout le temps.

Le personnage de l'ex-mari, lui, est du côté de la morale : ce qui est bien ou pas. Il s'attache à une forme de simplification rassurante.
Il a un rôle assez classique de flic, oui. Il est du côté de la loi et de la simplification, mais aussi du côté de l'amour simple, celui qui rime avec plaisir, procréation, vie commune. Et quand Marie met une robe rouge, il la trouve sexy, voilà tout. Il est du côté du " Je t'aime ou je ne t'aime pas ", alors qu'entre Marie et Robert, l'enjeu est plus sourd, ou plus sournois. Mais je trouve que Patrick Dell Isola a une force de séduction qui compense l'ingratitude possible de son rôle d'ex-mari. Même s'il est celui qui est à la traîne, largué à tous les sens du terme, je ne voulais pas qu'il ait l'air d'un homme fragile, blessé, impuissant, qui n'est pas capable de garder une femme.

Quel est ce désir inavouable dont vous parliez à propos de Marie ? Le désir d'être mangée par le loup ?
C'est sûrement quelque chose d'un peu dangereux, qu'elle ne sait pas nommer, justement. Car la manière dont le personnage de Robert se place par rapport à elle pose problème. S'il ne voulait que coucher avec elle, tout serait plus simple. Robert est de ces hommes qui peuvent être ambigus, et jouent, l'air de rien, sur une position pas très décodable. Pour moi, il traque Marie, il la suit. En cela, c'est aussi la mise en scène d'un fantasme que les femmes supposent aux hommes.

Le début du film mêle tout de suite quelque chose qui vient de l'enfance, à travers le manège, et un trouble lié à la sexualité.
On en revient au conte !

Le mystère s'épaissit, après la première rencontre, avec ce qui se passe pendant la première nuit entre Marie et Robert. On ne sait pas s'il reste dans sa chambre, ni ce qu'il y fait…
On le voit devant la porte, et ensuite il se détourne. Je ne voulais pas que les choses soient trop précises, trop univoques. Je tenais à l'ambiguïté. Je ne voulais pas qu'on se dise, il s'agit de désir sexuel, un point c'est tout. Il me semble que l'attirance entre eux est plus obscure, plus inquiétante.

Le fait de parler de la sexualité comme d'une énigme n'est pas courant aujourd'hui.
Je trouve qu'on parle souvent de l'amour de manière naïve. Je pense que Marie et le loup parle plus de sexe qu'un film où la question est de savoir si on passe la nuit ensemble ou si on s'engage pour toutes les nuits le reste de sa vie. Le film pose la question de l'attirance : qu'est-ce qu'on y met ? Sur quoi elle repose ? Et l'Autre : que signifie son regard ? Qu'attend-il de moi ?

Le film se prête d'ailleurs à une lecture psychanalytique. C'est une dimension à laquelle vous êtes attachée ?
Oui, dans la mesure où la psychanalyse parle justement des forces obscures qui nous agissent. Mais, pour moi, cette dimension psychanalytique est assez ludique. Je suis fascinée par la complexité de la plupart des sentiments. Le film est parti de cela, les éléments psychanalytiques sont venus après.

Les possibilités d'interprétation de l'histoire sont nombreuses, l'imaginaire est en ébullition, mais le film garde toujours quelque chose d'assez épuré, qui vient de la mise en scène.
Une de mes scènes préférée, c'est quand Marie est à vélo et qu'elle suit le tracteur sur lequel est assis Robert ! C'est comme dans un rêve, quand on suit quelqu'un sans jamais pouvoir le rejoindre. C'est, selon moi, un des moments les plus importants du film. Et cette sensation passe par le travail de l'image. Je n'aime pas qu'il y ait trop de signes qui en brouilleraient la lecture. Le cadre est quelque chose de très précis pour moi, mes décors sont très dépouillés. C'est du mental, pas du réel. La maison de Marie, je l'ai choisie à cause de ce mur de parpaings, qui est d'une certaine façon assez laid, mais qui a de la force : il empêche quelque chose, mais quoi ? De l'autre côté il n'y a que des champs labourés à perte de vue. Est-ce que ce mur est un rempart contre ça ? C'est comme le champ de maïs, je m'y suis intéressé pour ce qu'il évoque mentalement: quelque chose de dense, mais aussi de confus et d'inquiétant parce qu'on ne sait pas ce qu'il pourrait y avoir dedans, à l'image du désir.

Comment avez-vous trouvé ce décor de campagne désolée ?
Je suis fascinée par le quelconque. Chaque fois qu'on prend une route nationale que voit-on ? Des endroits qui ne sont pas des vrais villages, qui n'ont rien de pittoresque, un paysage gris avec quelques maisons. On se dit : Mais que font les gens là ? J'aime aussi l'idée que les plus grands drames peuvent naître de situations quelconques. Derrière ce rien, c'est l'inconnu qui peut surgir. Si j'avais tourné dans une jolie campagne du Midi, je n'aurais pas eu cela. Cette campagne-là va avec cette histoire qui part de rien.

Le film est une belle partie de cache-cache avec le spectateur…
Je l'espère, je cherchais cela. Des retournements de situation, des pistes, un jeu de cache-cache en effet.

Vous êtes plus sensible au fantastique qui s'invite dans la réalité quotidienne…
Ce que j'aime au cinéma, c'est quand l'imaginaire des personnages produit l'histoire, comme dans certains films de Mankiewicz. C'est le fantasme qui opère. C'est l'imaginaire de Marie qui produit l'histoire, c'est son regard qui crée la tension dramatique. La logique n'est pas réaliste. Ce n'est pas une logique de faits, mais une logique mentale qui est mise en place.

Jusqu'à la fin, car le doute demeure sur la réalité des faits.
J'ai de toute façon une certaine aversion pour les situations dites simples, je m'en méfie ! Pour moi, la simplicité est quelque chose de dangereux (tant sentimentalement que politiquement, d'ailleurs).

On peut se dire en tout cas que pour Marie rien ne sera jamais vraiment fini. Cette présence reviendra, cette rencontre se reproduira…
Que lui voulait cet homme ? Qu'attendait-elle de lui. Elle ne le saura jamais, et elle aura probablement besoin de le comprendre à travers d'autres rencontres avec d'autres hommes. Comme souvent dans la vie. On ne sait pas. Ce qui unit les gens est souvent très mystérieux. L'amour est fait d'ambiguïté, le sexe encore plus. A la fin du film, ils ne savent pas ce qu'ils attendent l'un de l'autre. Cela se résout par la violence, qui surgit quand on est dans l'impossibilité de s'appuyer sur la connaissance de ce qu'on vit. Mais, même dans une histoire d'amour qui s'accomplit simplement, est-ce qu'on arrive toujours à savoir ce que l'Autre cherche ? Il ne s'agit pas que de donner de l'amour, la possession de l'autre est aussi en jeu. Et la possession, n'est-ce pas un peu une mise à mort ?

Marie fait avec Robert l'expérience asservissante d'une sorte de possession. Mais elle se libère aussi ?
A la fin, il y a ce champ rasé et l'idée que ce qu'a pensé Marie de Robert n'était qu'une illusion. Peut-être que tout simplement, cet homme l'a vraiment aimé ? En tout cas ce n'était pas un assassin. C'est en ce sens qu'il y a libération : par rapport au fantasme et à la peur qu'il a suscitée.


 
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Ces textes ne sont pas des critiques. CRITIQUES sur : CINEFEUILLE, le site des salles obscures pour spectateurs éclairés !!


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