Résistance 7ème Art, webzine sur le cinéma indépendant,
  26-09-2017
  CETTE SALLE TERRE d'Andrew Kötting
  Angleterre - 2001- - 1h51 - 35mm
 
>>
FICHE TECHNIQUE
Réalisateur : Andrew Kötting
Scénariste :
Andrew Kötting
Producteur :
Ben Woolford


>> FICHE ARTISTIQUE
Rebecca R. Palmer : Francine
Shane Attwooll : Buto
Demelza Randall : Kath
Xavier Tchili : :Lek
Ryan Kelly : Joey
Eve Steele : Morgan
Ina Clough : Armandine
Dudley Sutton : Papa
Peter-Hugo Daly J: esus
Eta Kötting : Etta

>> SORTIE NATIONALE : le 25 février 2004
>> Distribué par "ED distribution"


>> SYNOPSIS
L'histoire tragique de Kath et Francine, deux soeurs agricultrices dont la vie est troublée par deux hommes. Buto, villageois rustre qui convoite leurs terres, demande Kath en mariage. Lek, bel étranger, qui veut offrir à Francine une vie meilleur. Les évènements se déroulent dans une communauté rurale où la vie est dure, où la cruauté, la rivalité, la méfiance et la superstition menacent les liens entre les deux soeurs.




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>> Article de Peter Matthews dans Sight&Sound

Raconter une histoire n’est de toute évidence pas quelque chose qui intéresse Andrew Kötting, mais Cette sale terre dévoile un talent si singulier et audacieux que cela n’a pas beaucoup d’importance. Gallivant, son film précédent, documentaire merveilleusement pittoresque, parvenait à créer une unité spatiale fragmentée par son principe de départ: Kötting, sa fille et sa grand-mère faisaient le tour des côtes britanniques en van dans le sens des aiguilles d'une montre. Pour sa première confrontation à la fiction de long-métrage, il a choisi d'adapter La Terre de Zola, un épais roman du 19ème siècle regorgeant de personnages exubérants pris dans la démesure du mélodrame. Kötting semble autant fait pour ce genre d'univers qu’un Terence Davies qui s'attellerait à Basic Instinct. Cependant, en assumant son sens défectueux de la narration, Davies a fait de sa version sombre et elliptique de Chez les heureux du monde d'Edith Wharton une grande réussite et un film très personnel. Kötting est encore plus radical dans sa déconstruction du roman de Zola, et ceux qui s’attendent à une somptueuse et fidèle adaptation dans la lignée de Germinal de Claude Berri risquent un choc toxique. Cette sale terre est une pure fantasmagorie habitée par des monstres et des personnages grotesques, si arriérés qu’ils semblent préhistoriques.

Il est pratiquement impossible de trouver ses marques dans ce cauchemar flottant. Kötting décape petit à petit notre habituel confort de spectateur par sa technique hautement abrasive: le ralenti, l'accéléré, l’utilisation de supports différents, le son non-synchronisé et l'insertion d'images d'archive. Fracturée, l'imagerie produit par moments un effet presque subliminal - était-ce une hallucination ou la vieille décatie s’est-elle vraiment noyée dans la vase ?

Ce n'est que dans la deuxième partie que s'esquisse une intrigue plus ou moins déchiffrable. C'est cependant lorsqu'il est le moins cohérent que le film est le plus puissamment visionnaire. On sent une baisse d'intensité une fois que les événements commencent à développer une logique, car Kötting n'est pas fait et n’est pas, ne serait-ce qu'un tant soit peu, intéressé par les intentions dramatiques conventionnelles qui enfermeraient son imagination poétique débridée. On a l'impression que, livré totalement à lui-même, il plongerait tête la première dans un chaos indescriptible, même si tel qu'il est le film doit plus aux fantaisies proto-surréalistes d’un Bosch ou d’un Bruegel, qu’à l’approche pseudo-scientifique de Zola. Sans parler de la vague anglicisation du cadre, on est bien loin de l'exactitude anthropologique. Entonnant des dialogues divinatoires des plus grotesques et arborant des vêtements défraîchis qui n'appartiennent à aucune époque ni à aucune région en particulier, ces gens de la campagne évoquent les archétypes immémoriaux d'un conte populaire.

Recherchant la sensation, Zola concocta un mélange explosif de meurtre, de viol, d'inceste et de scatologie au nom d’un naturalisme avide de vérité. Kötting et son co-scénariste Sean Lock ont laissé tombé la plus grande partie de ces détails obscènes, mais grâce à l'immédiateté perceptuelle du cinéma, ce qui en reste est terriblement abject. Dans la toute première scène, nos deux demoiselles de la ferme, ne rechignant pas à la tâche, ruisellent de sperme de taureau; quelque temps après, leur oncle sénile perce distraitement un abcès rempli de pus. Il y a également suffisamment de plans de merde, de sang, de carcasses pourrissantes et de toutes sortes d'immondices pour justifier le titre du film. On n'a rien vu d'aussi monstrueux et putrescent sur l'écran depuis les jours glorieux d'Erich von Stroheim. Mais ce serait une erreur de considérer Kötting comme un misanthrope jubilatoire. Ce qui est remarquable dans ce film, et qui le démarque en ce sens totalement du roman de Zola, c’est sa totale impartialité dans l’observation. Aussi répugnants qu’ils puissent paraître dans leur avidité, leurs traîtrises et leurs superstitions grossières, les habitants de la terre ont une innocence élémentaire qui les met au-delà de tout jugement moral. Kötting regarde ses personnages sans horreur, condescendance ou sympathie car ils ne sont que l’excroissance de la nature, des troglodytes qui ont quitté leur cave et se cramponnent avec peine à la terre.

Les acteurs, peu connus, s'effacent derrière leur rôle, et l'on est plus que surpris d'apprendre que la détestable et jacassante vieille décatie est une comédienne professionnelle et non une clocharde ramassée par Kötting on ne sait où. Même s'il peut être par moments irritant, Cette sale terre est une expérience inoubliable qui annonce l’ascension d’un des plus grands cinéastes anglais.


 
A L'AFFICHE
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-> CETTE SALE TERRE de A. Kötting
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-> PAS ASSEZ DE VOLUME de V.Glenn
Ces textes ne sont pas des critiques. CRITIQUES sur : CINEFEUILLE, le site des salles obscures pour spectateurs éclairés !!


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