Résistance 7ème Art, webzine sur le cinéma indépendant

La carte d'abonnement illimitée

Le cinéma les 7 Parnassiens privé de film (communiqué du 10 avril 2002)
Lettre ouverte à Madame Catherine Tasca, Ministre de la Culture :
Pour une carte universelle
Pour une carte Paris 7èma Art
Un an après le lancement de la carte UGC, six mois après celui du Pass Gaumont-MK2 et probablement un à deux mois avant que n'entre en application la loi sur "l'encadrement" des formules d'abonnement, la bataille contre la carte illimitée a montré à la fois sa scélératesse et sa stérilité par rapport au Septième Art.


Sa scélératesse :

Une quasi-unanimité de façade s'est déclarée contre la carte dès son lancement il y a un an dans la profession. Les faits ont montré qu'en réalité on compterait sur les doigts de la main ceux des professionnels qui ont réellement agis dans le sens de leur refus prononcé.
Ainsi, par exemple, peut-on s'étonner que les ayants-droit violemment hostiles aux systèmes d'abonnement illimités n'aient pas purement et simplement refusé l'accès aux salles UGC de leurs œuvres dès le mois d'avril 2000.

On se souvient par exemple de Federico Fellini qui avait fait interdire le passage de ses œuvres sur le petit écran lorsqu'elles seraient saucissonnées par de la publicité...
En fait, le lancement de la carte UGC a aussi été celui d'un énorme Poker menteur dans la profession du cinéma : la carte, c'est mal ! ; mais oh combien pratique pour gagner des parts de "marché" contre les concurrents ou "faire des cartons" au Cinéchiffre le jour de la sortie du film, avec garantie de remontée de recettes pour tous les ayant-droits !


Sa stérilité :

La bataille contre la carte est doublement stérile : porteuse d'aucun avenir, elle ne fait que contribuer à aggraver la précarité des professionnels sincères et authentiques défenseurs de leur Septième Art.

La bataille contre la carte est sans avenir :

Qui peut aujourd'hui raisonnablement croire qu'une formule qui a été justement plébiscitée par le public (justement, car il apparaît tout a fait normal que le spectateur qui va très souvent au cinéma paie beaucoup moins cher) disparaisse du jour au lendemain ?

Et qui peut également croire que les ayants-droit, désormais habitués à doper les entrées à peu de frais, verraient d'un bon œil le retour à un système classique de tarification qui viderait à nouveau les salles ?

Par ailleurs, les promesses faites par les amendements de l' Assemblée Nationale à la loi comportant projet d'encadrement des formules d' abonnement ne sont pas aussi péremptoires qu'il y parait:

- la promesse de garantie de prix aux salles indépendantes qui s'associeraient aux circuits encartés est suspendue au bon vouloir de ces derniers de porter recours ou non devant le Conseil Constitutionnel, sachant que déjà, lors des débats au Sénat sur ce point, le Conseil de la Concurrence avait émis des réserves sérieuses...

- bon nombre d'exploitants indépendants parisiens semblent bien avoir compris que ce système d'inféodation aux circuits tarifaires avec garantie de prix ne faisait que renforcer leur perte d'initiative et n' allait pas dans le sens de la nécessaire reconquête de leur public cinéphile.

La bataille contre la carte ne contribue qu'à aggraver la précarité des défenseurs du cinéma.

- Au niveau de l'exploitation des films en salles
A Paris même , une entente de fait s'est créée entre les principaux opérateurs de l'exploitation en salles et a vu la naissance de deux "quasi-circuits" de tarification qui représentent près de 90 % de spectateurs (le "marché", comme disent certains).

Ce monopole absolu du système "carte illimitée à 98 F" lamine le travail d'édition et de recherche d'une cinquantaine d'écrans indépendants consacrés à l'Art et Essai et menace leur existence :

- D'une part parce qu'il font de moins en moins le poids dans leur négociation avec les distributeurs pour l'accès aux films, et se voient au mieux contraints à accepter des "égalités" frappées du sceau de l'inégalité tarifaire dans lesquelles leurs entrées sont marginalisées.

- D'autre part parce qu'ils constatent que, indépendamment de la qualité des films qu'ils passent, le public prend le "réflexe carte" et va systématiquement dans certains lieux encartés

Le public, même Art et Essai, devient consumériste et privilégie le prix dans sa démarche de spectateur. Dans l' absolu, même lorsqu' elles ne sont pas en concurrence directe sur un même film avec les circuits, la baisse de fréquentation des salles indépendantes Art et Essai parisiennes se confirme ces trois derniers mois.

- Au niveau de la création et de la diffusion des œuvres
Le double effet de la monopolisation de spectateurs devenus consuméristes aura des incidences graves sur la création et la diffusion des œuvres : l'accélération de la rotation des films est un phénomène qui s'est renforcé ces dernières années et s'aggrave encore plus aujourd'hui à Paris. Il renforce l'aspect éphémère des œuvres, et fait craindre que certaines disparaissent avant même qu'un minimum de spectateurs aient eu le temps de les voir et de les juger autrement que par ce que la critique en aurait éventuellement dit...
Jusqu'au jour où, faute d'écrans indépendants défenseurs du cinéma Art et Essai, elles resteront dans les boites (ou n'y entreront même pas quand les producteurs s'autocensureront par rapport à ce type "d'aventures")...


POUR UNE CARTE CINEPHILE PARISIENNE


Les salles indépendantes parisiennes d'Art et Essai sont un creuset dans lequel se fond la création du cinéma, au stade des premières œuvres comme à celui de la mémoire des chefs d'œuvre passés. C'est de ce creuset que sont sorties les oeuvres de très grands cinéastes contemporains du monde entier, découverts à l'occasion de la sortie de leurs premiers films dans une petite salle du quartier latin dans les années soixante par exemple.

Pour défendre ces salles dont l'existence nous parait menacée, Résistance 7e Art demande à la Ville de Paris de réfléchir avec les exploitants indépendants parisiens à la création d'une carte Paris 7e Art.


Le principe de la carte: reconquérir un public cinéphile

La carte Paris 7è Art ne doit pas être qu' un simple outil de réponse à la guerre tarifaire déclenchée entre autre à Paris: c'est autour d' elle que peut et doit s' organiser la stratégie de reconquête du public cinéphile, qui s' est considérablement étiolé depuis les années soixante -soixante dix.

Sa création et sa mise en œuvre s' insèrent donc dans le cadre de la politique culturelle de la Ville de Paris à mener en partenariat avec les salles indépendantes parisiennes en direction du public Art et Essai

La réflexion sur les principes et la mise en œuvre de cette stratégie de reconquête culturelle cinématographique devrait être menée avec les partenaires associatifs culturels, les universitaires, et les professionnels concernés de la Capitale (exploitants indépendants et diffuseurs Art et Essai).

La carte Paris 7è Art devrait donc être logiquement totalement interfacée avec la carte Paris Culture que la Ville a en projet.

Résistance 7ème Art met en ligne des articles sur le cinéma d'auteur, indépendant, d'art et d'essai
ARTICLES
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Difficultés du ciné portuguais
Des spectateurs contre un multiplexe
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Cinéma expérimental
Cartes d'abonnements cinéma
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