Un
an après le lancement de la carte UGC, six mois
après celui du Pass Gaumont-MK2 et probablement
un à deux mois avant que n'entre en application
la loi sur "l'encadrement" des formules d'abonnement,
la bataille contre la carte illimitée a montré
à la fois sa scélératesse et sa stérilité
par rapport au Septième Art.
Sa scélératesse
:
Une
quasi-unanimité de façade s'est déclarée
contre la carte dès son lancement il y a un an
dans la profession. Les faits ont montré qu'en
réalité on compterait sur les doigts de
la main ceux des professionnels qui ont réellement
agis dans le sens de leur refus prononcé.
Ainsi, par exemple, peut-on s'étonner que les ayants-droit
violemment hostiles aux systèmes d'abonnement illimités
n'aient pas purement et simplement refusé l'accès
aux salles UGC de leurs uvres dès le mois
d'avril 2000.
On
se souvient par exemple de Federico Fellini qui avait
fait interdire le passage de ses uvres sur le petit
écran lorsqu'elles seraient saucissonnées
par de la publicité...
En fait, le lancement de la carte UGC a aussi été
celui d'un énorme Poker menteur dans la profession
du cinéma : la carte, c'est mal ! ; mais oh combien
pratique pour gagner des parts de "marché"
contre les concurrents ou "faire des cartons"
au Cinéchiffre le jour de la sortie du film, avec
garantie de remontée de recettes pour tous les
ayant-droits !
Sa stérilité :
La
bataille contre la carte est doublement stérile
: porteuse d'aucun avenir, elle ne fait que contribuer
à aggraver la précarité des professionnels
sincères et authentiques défenseurs de leur
Septième Art.
La
bataille contre la carte est sans avenir :
Qui
peut aujourd'hui raisonnablement croire qu'une formule
qui a été justement plébiscitée
par le public (justement, car il apparaît tout a
fait normal que le spectateur qui va très souvent
au cinéma paie beaucoup moins cher) disparaisse
du jour au lendemain ?
Et
qui peut également croire que les ayants-droit,
désormais habitués à doper les entrées
à peu de frais, verraient d'un bon il le
retour à un système classique de tarification
qui viderait à nouveau les salles ?
Par
ailleurs, les promesses faites par les amendements de
l' Assemblée Nationale à la loi comportant
projet d'encadrement des formules d' abonnement ne sont
pas aussi péremptoires qu'il y parait:
-
la promesse de garantie de prix aux salles indépendantes
qui s'associeraient aux circuits encartés est suspendue
au bon vouloir de ces derniers de porter recours ou non
devant le Conseil Constitutionnel, sachant que déjà,
lors des débats au Sénat sur ce point, le
Conseil de la Concurrence avait émis des réserves
sérieuses...
-
bon nombre d'exploitants indépendants parisiens
semblent bien avoir compris que ce système d'inféodation
aux circuits tarifaires avec garantie de prix ne faisait
que renforcer leur perte d'initiative et n' allait pas
dans le sens de la nécessaire reconquête
de leur public cinéphile.
La
bataille contre la carte ne contribue qu'à aggraver
la précarité des défenseurs du cinéma.
- Au niveau de l'exploitation des films en salles
A Paris même , une entente de fait s'est créée
entre les principaux opérateurs de l'exploitation
en salles et a vu la naissance de deux "quasi-circuits"
de tarification qui représentent près de
90 % de spectateurs (le "marché", comme
disent certains).
Ce
monopole absolu du système "carte illimitée
à 98 F" lamine le travail d'édition
et de recherche d'une cinquantaine d'écrans indépendants
consacrés à l'Art et Essai et menace leur
existence :
-
D'une part parce qu'il font de moins en moins le poids
dans leur négociation avec les distributeurs pour
l'accès aux films, et se voient au mieux contraints
à accepter des "égalités"
frappées du sceau de l'inégalité
tarifaire dans lesquelles leurs entrées sont marginalisées.
-
D'autre part parce qu'ils constatent que, indépendamment
de la qualité des films qu'ils passent, le public
prend le "réflexe carte" et va systématiquement
dans certains lieux encartés
Le
public, même Art et Essai, devient consumériste
et privilégie le prix dans sa démarche de
spectateur. Dans l' absolu, même lorsqu' elles ne
sont pas en concurrence directe sur un même film
avec les circuits, la baisse de fréquentation des
salles indépendantes Art et Essai parisiennes se
confirme ces trois derniers mois.
- Au niveau de la création et de la diffusion des
uvres
Le double effet de la monopolisation de spectateurs devenus
consuméristes aura des incidences graves sur la
création et la diffusion des uvres : l'accélération
de la rotation des films est un phénomène
qui s'est renforcé ces dernières années
et s'aggrave encore plus aujourd'hui à Paris. Il
renforce l'aspect éphémère des uvres,
et fait craindre que certaines disparaissent avant même
qu'un minimum de spectateurs aient eu le temps de les
voir et de les juger autrement que par ce que la critique
en aurait éventuellement dit...
Jusqu'au jour où, faute d'écrans indépendants
défenseurs du cinéma Art et Essai, elles
resteront dans les boites (ou n'y entreront même
pas quand les producteurs s'autocensureront par rapport
à ce type "d'aventures")...
POUR UNE CARTE CINEPHILE PARISIENNE
Les salles indépendantes parisiennes d'Art et Essai
sont un creuset dans lequel se fond la création
du cinéma, au stade des premières uvres
comme à celui de la mémoire des chefs d'uvre
passés. C'est de ce creuset que sont sorties les
oeuvres de très grands cinéastes contemporains
du monde entier, découverts à l'occasion
de la sortie de leurs premiers films dans une petite salle
du quartier latin dans les années soixante par
exemple.
Pour
défendre ces salles dont l'existence nous parait
menacée, Résistance 7e Art demande à
la Ville de Paris de réfléchir avec les
exploitants indépendants parisiens à la
création d'une carte Paris 7e Art.
Le principe de la carte: reconquérir un public
cinéphile
La
carte Paris 7è Art ne doit pas être qu' un
simple outil de réponse à la guerre tarifaire
déclenchée entre autre à Paris: c'est
autour d' elle que peut et doit s' organiser la stratégie
de reconquête du public cinéphile, qui s'
est considérablement étiolé depuis
les années soixante -soixante dix.
Sa
création et sa mise en uvre s' insèrent
donc dans le cadre de la politique culturelle de la Ville
de Paris à mener en partenariat avec les salles
indépendantes parisiennes en direction du public
Art et Essai
La
réflexion sur les principes et la mise en uvre
de cette stratégie de reconquête culturelle
cinématographique devrait être menée
avec les partenaires associatifs culturels, les universitaires,
et les professionnels concernés de la Capitale
(exploitants indépendants et diffuseurs Art et
Essai).
La
carte Paris 7è Art devrait donc être logiquement
totalement interfacée avec la carte Paris Culture
que la Ville a en projet.